Un peu de bonheur à l'horizon

Photographie Entre Marchin et Anthisnes, toutes les couleurs de la félicité sur terre

Doisneau, Fink, mais aussi des artistes actuels de chez nous. Six lieux offrent divers visages du bonheur. Idéal pour un week-end campagnard.

Il y a deux ans, on avait découvert que le bonheur pouvait se nicher dans un petit coin de Wallonie, sous la forme d'expositions de photographies. Deux ans plus tard, le bonheur est de retour dans la région, sans que l'on soit sûr qu'il l'ait jamais quittée. C'est en tout cas ce qu'on se dit au vu des photos réalisées par les habitants de Marchin, Tinlot, Anthisnes et Modave qui, séduits par l'expérience, sont eux aussi passés de l'autre côté de l'objectif et livrent des images de leur quotidien qui rivalisent parfois avec celles des professionnels.

Mais, bien sûr, c'est d'abord pour ceux-ci que le public se déplace, et en 2006, les organisateurs de la biennale « Et le bonheur ? » - les points de suspension ont été remplacés par un point d'interrogation - ont mis le paquet, avec quelques grands noms tels que Robert Doisneau ou Larry Fink, rassemblés avec l'aide précieuse du Musée de la photographie de Charleroi. Si ces vedettes ne manqueront pas de ravir tous les publics, il y a cependant beaucoup d'autres choses à découvrir au fil de cette balade d'une trentaine de kilomètres, soigneusement fléchée, nous emmenant de Marchin à Anthisnes ou inversement.

C'est à Marchin, sur le kiosque qui fait face au centre culturel, que l'on peut voir, en plein air, ces photographies réalisées par les habitants de la région. A l'intérieur, c'est Larry Fink qui nous attend avec ses images de soirées mondaines, ses vieillards qui tentent
de préserver les apparences, et ces moments de vraie tendresse comme dans cette image d'un homme âgé, aux yeux très clairs, face
à une femme en contre-jour dont on ne distingue qu'une petite partie du visage et la main posée sur l'épaule de son partenaire. Eclat de bonheur à l'état pur.

Dans les deux autres salles, on retrouve une petite sélection du Mexicain Carlos Jurado, avec les squelettes miniatures omniprésents dans son pays, et surtout, Kristin Capp, avec une très belle série consacrée aux Hutterites, cette secte vivant aux Etats-Unis dans une sorte de monde parfait (selon leurs critères), exilé de tout. Le bonheur ?

Au château de Vierset-Barse, c'est Robert Doisneau qui nous attend avec ses mariages campagnards, ses gamins de la communale et ses forts des Halles. Toujours séduisant. Mais aujourd'hui moins étonnant que les portraits de gens chics des beaux quartiers londoniens par Karen Knorr, qui les accompagne de commentaires-clichés aussi atterrants qu'hilarants. Une autre idée du bonheur. Mention spéciale à cet Oscar Wilde contemporain accompagné par ces mots : « La femme idéale doit être un miroir de moi-même ».

Mais c'est dans les caves que l'on est le plus touché, par les paysages brûlés de lumière et les portraits, pourtant connus, de Marc Trivier (Beckett, Bacon, Genet,...), parfaitement en phase avec un décor de petites pièces toutes blanches aux allures de cellules monacales. Comme si chacun de ces portraits était un nouveau point d'interrogation derrière ces quelques mots : « Et le bonheur ».

Quelques kilomètres plus loin, à Ramelot, l'ancienne école accueille une des plus belles surprises du parcours : le travail de Marc Wendelski. Des images en couleur un peu brouillardeuses : une fille debout sur une table de pique-nique, scrutant l'horizon comme si
e bonheur devait s'y montrer ; des lieux entre nature et béton où l'humain cherche sa place ; un homme minuscule sous une tour rouge ; des architectures écrasantes... Cadrage, travail sur les masses, les matières, les couleurs, tout ici est parfaitement pesé. Un travail tout en douceur et en finesse, à la fois séduisant et inquiétant. Une vraie découverte comme ce parcours hors norme sait en proposer.

La suivante se situe à Ellemelle, là aussi dans une ancienne école. Celle-ci est devenue l'antre de Jean-Paul Brohez, merveilleux photographe du quotidien qui, plutôt que d'exposer son travail, a invité ses confrères à présenter chez lui leurs livres, leurs tirages.
Il propose donc une vraie librairie temporaire où l'on peut se plonger dans l'univers de Marcel Thiry, Alain Janssens (lire ci-dessous), Anne Penders, Gast Bouchet et bien d'autres. Une halte bienvenue qui permet de se rendre compte de l'incroyable multiplicité de talents surgissant de nos régions - et qui propose, en prime, une très conviviale petite restauration.

Jean-Paul Brohez, on le retrouve à l'étape suivante, le château-ferme de Tavier, où ses photographies en couleur de petits moments quotidiens sont exposées. Une nouvelle occasion de s'émerveiller devant la poésie visuelle de cet homme ouvert, curieux et profondément humain. Dans le même espace, Lucia Radochonska propose une promenade bucolique du côté des chevaux, de l'hiver campagnard, de la nature sauvage, même dans des jardins où la main de l'homme tente de se frayer un chemin.

 WYNANTS,JEAN-MARIE

"Le Soir", samedi 13 août 2005

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