Lucia Radochonska / Le jardin & Le ciel et la terre

Lucia Radochonska a toujours trouvé dans son environnement proche, dans les choses simples qui l’entourent, matière à photographie. Les images récentes (1), par-delà leur diversité, relèvent en fait du même contexte, à savoir le jardin, sorte d’ « hortus conclusus » ménageant des ouvertures sur la campagne environnante. L’œuvre bien qu’intimiste, est généreuse et donne à partager les cadeaux d’une nature qui, se modifiant au fil des saisons, pare le jardin, véritable « sculpture vivante », d’un réseau de branchages entremêlés et de lumières presque tangibles, de neige révélatrice des moindres reliefs et d’une vie qui anime même les deux fauteuils aux allure de couple en tendre conversation. Ces images, qui sont pourtant des images du peu, de l’attention à l’ordinaire, aux antipodes de la photographie de l’exceptionnel, font ressentir toute la puissance de la nature, toute son énergie en termes de vie. La sensation de temps qui en émane est une sensation de calme, de sérénité face au caractère immuable de son écoulement et du retour des saisons. Cette façon de capter l’intensité de l’instant et de la présence n’est pas éloignée de la philosophie orientale.

Les photographies d’animaux et le ciel partagent ce mode poétique. Les cieux en occupent la plus grande surface, le cadrage n’offrant qu’une vue fragmentée des corps de vaches ou de chevaux. Ces animaux, assurant la transition entre terre et ciel, acquièrent quelquefois un statut mythologique, même si l’artiste enregistre un détail inattendu qui en transforme la perception.

Lucia Radochonska a opté dans certains cas pour le groupement d’images. Ainsi un dispositif met l’accent sur l’aspect plus graphique d’une série de photographies dans lesquelles la silhouette de l’enfant escaladant une souche se découpe sur le ciel aux nuées spectaculaires. Les deux plans se mettent ici mutuellement en valeur. Ces images, prises isolément, n’ont rein d’exceptionnel, mais en écarterait-on une, qu’elle manquerait à l’ensemble. L’auteur connaît tout le potentiel d’enrichissement de l’ « insignifiant ».

Les « bouquets » relèvent également du regroupement autour d’une image de plus grand format, d’une façon cependant moins systématique, qui laisse la liberté de passer de l’une à l’autre petite image périphérique réalisée dans le périmètre du jardin et de reconstituer ainsi une entité très évocatrice et vivante. Le point de départ d’une de ces « bouffées d’images » est un enchevêtrement de branches d’arbre où pend encore une dernière poire, que l’on sent lourde et prête à céder à l’apesanteur… Magnifique symbole du cycle de la vie.

Anne Wauters, In Art et Culture, novembre 96.

Lucia Radochonska est née le 9 novembre 1948 à Bolestraszyce (Pologne).
Depuis 1958, elle vit en Belgique à Retinne, village où vivent de nombreux immigrés.
De 1969 à 1972, elle étudie la photographie à l’Institut des Beaux-Arts à Saint-Luc à Liège.
En 1974, elle épouse le photographe Jean-Louis Vanesch, plus tard naîtra Carole.
Lucia Radochonska expose internationalement depuis 1973.

« Des photographies plus anciennes d’enfants habités par leurs jeux au sein de la campagne, jusqu’aux visions sacrales de mains dialoguant avec l’eau, en passant par les images plus terriennes de sa propre fille évoluant dans un écrin d’herbes hautes, un fil conducteur n’a cessé de s’affirmer. Celui de la nature dans toute sa créativité et sa sensualité, une nature unissant comme il se doit hommes, animaux, végétaux et révélée par une approche calme, toute de respect et de plénitude. » A. Wauters.

Image/Imatge, territoire, territoires de la photographie, catalogue, Orthez, 1998.

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