Invitation au voyage intérieur

Photographie A l'hôtel de ville de Bruxelles, au Bota et à l'Iselp

En portraits ou en paysages, l'Eté de la photographie invite au questionnement, à la méditation, à l'introspection.

Petits chapeaux sur la tête, un groupe de Japonais hésite devant l'entrée de l'hôtel de ville de Bruxelles. Affronter la pluie ou visiter l'exposition « L'école d'Helsinki » en attendant que ça passe ? A la place de leur guide, on les emmènerait sans hésiter à la découverte de celle-ci. Depuis plusieurs années, en effet, les photographes venus de la capitale finlandaise étonnent et fascinent.

En montant cette expo, Timothy Persons n'a pourtant pas choisi la facilité. Plutôt que de proposer un « best of », il a sélectionné une majorité de travaux extrêmement récents. On y retrouve donc les inévitables grands formats sur aluminium et plexi devenus la norme dans les galeries d'art. Mais les sujets gardent une vraie personnalité.

La nature, comme souvent dans l'art finlandais, est très présente : paysages imaginaires de Nanna Saarhelo, plantes sublimées par Marjukka Vainio, arbre nu sur fond de façade high-tech par Ola Kolehmainen, ou restauré comme un monument par Ikka Halso, land-art fascinant de Riitta Päiväläinen... Mais on est aussi frappé par le travail sur la couleur et la forme de Pertti Kekarainen ou par les silhouettes quasi invisibles sur fond monochrome de Joonas Ahlava.

Savoir regarder le monde

C'est une autre Finlandaise, Ulla Shemeika, qui constitue la meilleure surprise de « Dimensions intérieures » au Botanique. Ses paysages aquatiques plongés dans la brume invitent irrésistiblement à la méditation. Comme si, à force de les contempler, on pouvait finir par s'y dissoudre. Autre belle découverte, la nouvelle série de Philippe Herbet. Comme à son habitude, il présente de petites et très belles images accompagnées d'un récit manuscrit. Un trou dans un mur, une gare sombre, une vague qui explose en se mêlant aux nuages... Tout un univers.

Pour le reste, on retrouve ici une belle brochette d'artistes de chez nous réunis par Anne Wauters : Alain Janssen, Lucia Radochonska, Marc Trivier, Jacques Vilet, Jean-Louis Vanesch, Chantal Maes, Gilbert Fastenaekens, Pol Pierart... Autant d'artistes qui savent regarder le monde avant de le photographier. Chez eux, le moindre détail prend une valeur inattendue, nous amenant à nous interroger, à regarder différemment, à partager avec le photographe une sensation, un moment, une émotion.

Un simple jardin, même vu de l'intérieur de la maison, devient un univers fascinant chez Radochonska ou Vanesch. Une forêt impénétrable finit par se laisser apprivoiser par Fastenaekens. Les attitudes d'employés d'aéroport prennent une force dramatique invitant à un véritable voyage intérieur chez Chantal Maes...

Mais les Belges ne sont pas seuls à la fête. On croise aussi Elina Brotherus, Francesca Woodman, Hiroshi Sugimoto, Roland Fischer. Eric Aupol photographie les cellules de Clairvaux où, derrière les barreaux, surgit toujours la lumière. Quant à Véronique Ellena, elle livre quatre beaux portraits de la série « Ceux qui ont la foi », accompagnés de deux paysages magnifiques et très récents.

On peut prolonger le plaisir à l'Iselp où sont proposés quelques paysages supplémentaires et une belle sélection de ses séries passées : portraits mis en scène pour livrer des images symboliques de l'adolescence, de « Ceux qui ont la foi » ou des « Grands moments de la vie ». Une vie de tous les jours, reconstituée pour le besoin de la prise de vue, mais d'une telle justesse qu'elle semble avoir été captée sur le vif.

 WYNANTS,JEAN-MARIE

"Le Soir", mercredi 2 août 2006

 

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