Depuis les années 70, Lucia Radochonska, photographe d’origine polonaise, poursuit une œuvre en noir et blanc à partir de son environnement quotidien  dans la région liégeoise où elle réside. Son travail reflète la douceur de ce pays et la magie simple de la nature.

De ses images anciennes, un fil conducteur n’a cessé de s’affirmer. Celui de la nature dans toute sa créativité et sa sensualité, une nature unissant comme il se doit hommes, animaux, végétaux et révélée par une approche calme, toute de respect et de plénitude.

Ses images récentes, par-delà leur diversité, relèvent en fait du même contexte, à savoir le jardin, sorte d’ « hortus conclusus » ménageant des ouvertures sur la campagne environnante. L’œuvre bien qu’intimiste, est généreuse et donne à partager les cadeaux d’une nature qui, se modifiant au fil des saisons, pare le jardin, véritable « sculpture vivante », d’un réseau de branchages entremêlés et de lumières presque tangibles, de neige révélatrice des moindres reliefs et d’une vie qui anime même les deux fauteuils aux allure de couple en tendre conversation. Ces images, qui sont pourtant des images du peu, de l’attention à l’ordinaire, aux antipodes de la photographie de l’exceptionnel, font ressentir toute la puissance de la nature, toute son énergie en termes de vie. La sensation de temps qui en émane est une sensation de calme, de sérénité face au caractère immuable de son écoulement et du retour des saisons. Cette façon de capter l’intensité de l’instant et de la présence n’est pas éloignée de la philosophie orientale.

Anne Wauters (in Art et Culture)

10 ans de photographie à Reims, 1997, pp.15-17. 

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