Photographies en vue

Introspections

La photographie montre. Par essence, elle reflète ce qui est en face du photographe. Ce qu’il regarde, mais aussi ce qui le regarde. Car à n’en pas douter arrive ce moment où l’image dit autre chose que ce qu’elle montre, où – subtil retournement – c’est elle qui pointe son auteur. Ce temps de la photographie est ce qu’Anne Wauters appelle « les dimensions intérieures ». Et, précisément, c’est l’intitulé de l’exposition dont elle a assuré le commissariat et que présente actuellement le Botanique dans le cadre de l’Eté de la Photographie. Avec, dès l’entrée, la superbe série de portraits pensifs pris dans les aéroports par Chantal Maes. Avec également, par Jacques Villet, ces petits formats représentant des fruits et qui aspirent le regard à la manière des miniatures. Avec ce face-à-face de Jean-Louis Vanesch et de Lucia Radochonska dasn un même jardin, le leur. Un lieu où le sombre prédomine, le silence aussi qui nous ramène à ce Jean-Claude Lemagny nommait « l’épaisseur mystérieuse de la vie ». Une façon de voir partagée par des artistes comme Alain Janssens et ses images pensives ou Hiroshi Sugimoto et ses clichés en absorption. Dans la lignée minimaliste de ce dernier, on retrouve une série de paysages lumineux d’Alain Buttard. On pense alors à Gilbert Fastenaekens qui l’avait publié. Et cela tombe bien car, en son temps, celui-ci prospecta ces dimensions intérieures dans la forêt champenoise. Pour le reste, la cohérence de l’ensemble tient par ce même désir d’aller au-delà des apparences.

Pour cela, rien de tel que de suivre Marc Trivier, Jean-Louis Garnell, Véronique Ellena ou Ulla Shemelkka. Et plus encore, dans cette quête intérieure, l’éblouissante Francesca Woodman.

Jean-Marc Bodson

« Dimensions intérieures ». Bruxelles, le Botanique, 236 rue Royale. Jusqu’au 27 août, du mardi au dimanche, de 11 à 18h. Entrée : de 3 à 5 euros.

La Libre Belgique, août 2006.