Liège - Dix-sept expositions à la troisième Biennale «photographie et arts visuels» organisée par les Chiroux

Vague de disparitions dans le monde de l'art

Sous la houlette de Dorothée Luczak et Lucien Barel, la Biennale de Liège offre, malgré des moyens financiers très limités,
un remarquable panorama d'expositions sur le thème de la disparition.

Il faut avoir du temps et une certaine résistance pour faire le tour en une seule journée de l'ensemble des expositions présentées,
à l'initiative des Chiroux, dans le cadre de la troisième Biennale de Liège. Pas moins de dix-sept expositions y sont répertoriées, réparties dans toute la ville.

Si les thèmes de ce type de manifestation sont souvent de simples prétextes, celui de «La disparition» a véritablement généré un ensemble cohérent et diversifié. C'est particulièrement évident dans la très riche exposition «Ce qui a été» (fragments) montée par Jean-Michel Sarlet à la Salle Saint-Georges. Depuis les photographies historiques jusqu'aux recherches les plus pointues d'artistes travaillant sur l'altération chimique de la photo, on effectue ici un parcours passionnant déclinant le thème de la disparition de multiples manières.

Ici, la photographie garde la mémoire de civilisations, cultures ou personnages (temples asiatiques, pyramides, ruines de Pompéi, indiens d'Edward Curtis, Paris d'Atget, photos de groupes ou de familles, portraits...). Là, Herman Bertiau saisit les restes écrasés d'animaux victimes de la route. Plus loin, le thème de la mort est abordé par le travail de Serrano à la morgue, faisant face à celui, moins connu mais tout aussi bouleversant de Jeff Silverstone avec une jeune femme morte dans son sommeil.

Autoportrait de Mapplethorpe se sachant condamné à brève échéance, syndicaliste abattu saisi par Alvarez Bravo, photo d'un autre temps par Lartigue... les grands noms se bousculent ici avant de laisser la place à des photographes plus actuels travaillant notamment sur le thème de l'autoportrait qui, souvent, donne l'occasion de jouer à cache-cache avec sa propre image comme chez Plossu, Cordier ou Felten/Massinger.

Plus loin, le Rwanda de Kazinierakis et les traces des camps nazis de Michael Kenna parlent d'une autre disparition, celle de populations entières. En même temps qu'elle démontre l'importance de la photographie pour éviter que le souvenir de ces tragédies disparaisse à son tour.

Au Mamac et à l'ancienne église Saint-André, on découvre une création contemporaine souvent passionnante. Les «ombres» de Jocelyne Alloucherie, les installations de Patrick Altman, le travail tout en finesse de Jean-Louis Vanesch, le voyage entre son et image d'Anne Penders, la disparition de la ruralité par le groupe Blow Up sont quelques-uns des moments forts du Mamac.
A l'ancienne église Saint-André, on retient surtout les photos-jeux de mots de Pol Piérart, les étranges petites images couleurs
de Cécile Michel et, au centre de l'espace, tout le travail du polonais Wojciech Prazmowski comprenant de grandes photographies couleur, une série de photos anciennes mélangées et superposées mais aussi de très beaux petits objets, constitués à base de photographies, plaques photographiques, etc.

Et s'il fallait encore choisir, un lieu à visiter absolument parmi les dix-sept possibles, on pointera sans hésiter la galerie Périscope présentant le très beau travail de Bogdan Konopka.

WYNANTS, JEAN-MARIE

"Le Soir", mercredi 6 mars 2002